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Figure de proue du théâtre et de la télévision, directeur artistique de DUCEPPE depuis 1991, Michel Dumont enchaîne les rôles depuis près de quarante ans en y laissant chaque fois une marque profonde. Car son talent pour l'interprétation est en fait un don qu'il n'hésite jamais à mettre en péril, explorant sans cesse les diverses facettes de son métier. Entre Kénogami (devenu Jonquière, puis Saguenay), où il est né et a grandi, où il est monté sur les planches pour la première fois, où il a goûté ses premiers succès et a reçu des mains de Paul Hébert un premier prix d'interprétation lors d'un festival de théâtre amateur, et Montréal où il s'installe en 1969, le chemin parcouru par Michel Dumont est impressionnant.
En 1999, dans une longue entrevue accordée au journaliste Pierre Maisonneuve pour l'édition du livre Michel Dumont, grandeur nature, publié chez Novalis, le comédien, jetant un regard sur sa carrière, se demandait : « Comment pourrais-je me plaindre ? » Car Michel Dumont n'est jamais aussi heureux que lorsqu'il monte sur les planches. Quand on sait qu'il a joué dans près de 70 pièces de théâtre et une quinzaine de téléromans et de téléséries au cours de sa carrière, on peut dire qu'il a non seulement côtoyé le bonheur mais qu'il a cohabité avec lui. Comment ne pas s'en réjouir ? Quand le bonheur se porte d'aussi belle manière, on ne peut qu'être séduit. Le public de théâtre et les téléspectateurs québécois aiment Michel Dumont et il le leur rend bien.
En 1970, année où il décide de se consacrer exclusivement au métier de comédien, Michel Dumont a déjà vingt-neuf ans. Au cours des quinze années précédentes, il a fait son cours classique, chez les Oblats, au Collège de Jonquière, obtenu quatre certificats en linguistique générale et québécoise de l'Université de Montréal, suivi des cours de théâtre à la roulotte de Paul Buissonneau, enseigné au Collège de Jonquière et au Cégep du Vieux-Montréal. En 1969, il s'établit à Montréal.
 Michel Dumont dans La mort d'un commis voyageur © Pierre Desjardins |
En 1971, le comédien Paul Hébert fonde le Théâtre du Trident à Québec. Comme il avait déjà remarqué le talent de Michel Dumont au point de lui décerner le premier prix d'interprétation lors d'un festival de théâtre amateur à Jonquière, il l'invite à jouer un petit rôle dans Charbonneau et le Chef, pièce dans laquelle Jean Duceppe incarne Maurice Duplessis. Partagé entre les représentations le soir et les cours qu'il donne à Montréal le jour, les allers-retours commencent à peser lourd sur les épaules de Michel Dumont. Un choix s'impose. Ce sera le théâtre!
 Michel Dumont et Hubert Loiselle dans Des souris et des hommes © François Renaud |
En 1973, Jean Duceppe fonde sa propre compagnie de théâtre et présente La mort d'un commis voyageur d'Arthur Miller, à Montréal. Il offre à Michel Dumont le rôle de Biff, l'un des deux fils de Willy Loman, le personnage central de la pièce, interprété par Jean Duceppe. « Ce sera, écrivait Chantal Éthier en avril 1999 dans le magazine Châtelaine, entre le comédien d'expérience et le jeune acteur, le début d'une longue complicité ».
Par la suite, les grands rôles se succèdent. Au théâtre, il interprète, entre autres, ceux de Petrucchio dans La Mégère apprivoisée de Shakespeare, Brick et, quelques années plus tard, Big Daddy dans La chatte sur un toit brûlant de Tennessee Williams, Vladimir dans En attendant Godot de Samuel Beckett, Sir Toby dans La Nuit des rois de Shakespeare, monseigneur Charbonneau dans Charbonneau et le Chef de John Thomas McDonough (saisons 1985-1986 et 2003-2004), Lennie dans Des souris et des hommes de John Steinbeck, le juré no 8 dans Douze hommes en colère de Reginald Rose, Henri Higgins dans Pygmalion de George Bernard Shaw, Pavel Kirilitch Lebedev dans Ivanov d'Anton Tchekhov, Léopold dans À toi, pour toujours, ta Marie-Lou de Michel Tremblay, Édouard dans Un simple soldat de Marcel Dubé, Willy Loman dans La mort d'un commis voyageur d'Arthur Miller, Sir George dans L'Habilleur de Ronald Harwood, Vania dans Oncle Vania d'Anton Tchekhov, Henri II Plantagenêt dans Le Lion en hiver et Antonio Salieri dans Amadeus.
À la télévision, après Picotine, une émission pour enfants dont il signe les textes avec Linda Wilscam au début des années 1970, et dans laquelle il est Fantoche, il décroche le rôle de Jos dans le téléroman Race de monde de Victor-Lévy Beaulieu. De 1982 à 1986, il campe le personnage d'Alain Robert dans Monsieur le ministre de Solange Chaput-Rolland. Puis de 1986 à 1989, il devient Gilbert Trudel dans Des Dames de cœur de Lise Payette, avant de devenir, de 1991 à 1994, Henri St-Jean dans Marilyn, de la même auteure. En 1996, on le retrouve sous les traits du capitaine Gilbert Tanguay dans Omertà, la loi du silence de Luc Dionne, rôle qui lui vaudra d'ailleurs un prix Gémeaux. L'année suivante, il interprète le rôle du docteur Yves Perras dans la télésérie Urgence de Fabienne Larouche et Réjean Tremblay. À partir de 1998 et jusqu'à l'année 2000, il joue le fantôme de Léo Paradis dans La Part des anges de Sylvie Payette. En 1999, il se fait Vieux Jazz dans Rue L'Espérance de Jacques Savoie. Puis, il enchaîne avec la télésérie Bunker, le cirque qui lui vaut le prix Gémeaux 2003 de la meilleure interprétation dans un rôle de soutien pour celui de Maurice St-Jean, Un Homme mort en 2006, Providence et Yamaska en 2009.

Michel Dumont, Marc Grégoire, Jean-Pierre Chartrand, Guy Provost dans Douze hommes en colère © François Renaud |
Si le théâtre et la télévision occupent une grande partie de son agenda, Michel Dumont trouve tout de même le temps de satisfaire d'autres passions. Friand de mots croisés, il en élabore lui-même. Il est également un lecteur éclectique et boulimique, car les livres sont pour lui des compagnons précieux. Et depuis plus de vingt ans, il a traduit, seul ou en collaboration avec Marc Grégoire, plus d'une trentaine de pièces de théâtre. Ensemble, Michel Dumont et Marc Grégoire ont aussi écrit les 67 épisodes du téléroman Robert et compagnie qui a gardé l'antenne de 1987 à 1989.
Michel Dumont aime également partager ses passions. Durant plusieurs années, il a circulé dans les écoles et les collèges afin de mobiliser les jeunes et de les amener au théâtre. Il a alors eu l'occasion de prononcer des conférences devant des salles remplies d'élèves et de professeurs suspendus à ses lèvres, tout comme à l'époque où il enseignait la littérature.
À l'été 2003, il renouait avec le théâtre en été. Cette année-là, en effet, il jouait dans Le Dîner de cons, au Théâtre Le Patriote. Acclamée par le public, la production, fait exceptionnel, était remise à l'affiche en 2004. À l'été 2005, Michel Dumont était de retour au Théâtre Le Patriote dans la pièce Un homme en taxi en vaut deux de Ray Cooney. Au cours de l'été 2006, toujours au même endroit, il retrouvait son complice Claude Michaud dans la pièce Libre Échange. Au cours de l'été 2007, il répétait l'expérience en compagnie de Claude Michaud dans la pièce Tiens ça mort de Ray Cooney, toujours au Théâtre Le Patriote.
À la suite du décès de Jean Duceppe, survenu le 7 décembre 1990, Michel Dumont devient directeur artistique de DUCEPPE. Il prend alors la relève d'un homme que le public aimait « comme il aimait les René Lévesque et Félix Leclerc » précise-t-il dans Michel Dumont, grandeur nature. « La programmation […] l'image que nous avons auprès du public, le choix de présenter tel type de spectacle », tout cela repose désormais sur lui. Et il s'y engage, là encore, avec passion.
Au cours des récentes années, le comédien Michel Dumont a abordé des rôles dont la charge symbolique et émotive est forte, dont celui de Willy Loman dans La mort d'un commis voyageur d'Arthur Miller. Jean Duceppe l'avait déjà campé et en avait laissé dans l'imaginaire collectif un souvenir impérissable. En avril 1999, lors de la première représentation de La mort d'un commis voyageur au Théâtre Jean-Duceppe de la Place des Arts, Michel Dumont quitte les autres acteurs afin d'aller préparer son entrée, seul, sous la scène. « Je me revois, relate-t-il encore dans Michel Dumont, grandeur nature […] seul avec mes deux valises. J'étais habité d'une peur mêlée d'un désir profond de monter sur scène. Je me souviens… Placé devant le miroir, j'ai redressé mon chapeau. Je revoyais Jean Duceppe dans son costume, avec son chapeau. […] » Monsieur Duceppe, on y va tous les deux, on monte ensemble ! « Accompagné de Jean Duceppe, je suis monté. Une fois rendu sur la scène, il m'a laissé aller, j'ai joué mon rôle, tout seul. Comme si le cordon venait d'être coupé. »
En marge de cette production, il écrivait dans le programme de la soirée : « Comme le dirait malgré tout Willy Loman : Bon Dieu que la vie est belle ! » Voilà qui résume bien les sentiments qui habitent Michel Dumont. Parce que la vie est, pour lui, une aventure stimulante, excitante… passionnante !
Le 25 mai 2001, Michel Dumont recevait un doctorat honorifique de l'Université du Québec à Chicoutimi. Cette grande marque d'estime, de respect et de reconnaissance, le directeur artistique de DUCEPPE l'a accueillie avec fierté, mais aussi avec toute l'humilité qu'on lui connaît. Aboutissement d'une carrière fructueuse qui l'a mené de Kénogami, devenu Jonquière et aujourd'hui Saguenay, où il est né en 1941, jusqu'à Montréal? Plutôt un formidable encouragement à poursuivre son travail avec toute la passion qui l'habite.
Lecteur boulimique, passionné de mots croisés, amoureux des chats, curieux de tout, Michel Dumont a depuis longtemps, depuis toujours sans doute, une relation d'amour passionnée avec la vie, aux sources de laquelle il puise son immense talent et son énergie sans fin et dans laquelle il a tracé des sillons indispensables et profonds.
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